Les instruments
Le guembri ou hajhouj est un luth à trois pincées de registre grave. Il a la forme allongée, presque rectangulaire d'un demi-tronc
d'arbre coupé transversalement. La table d'harmonie tendue sur le bois est faite en peau de chameau. Le manche de l'instrument
est longue tige cylindrique fabriquée comme la caisse de résonance
Dans du bois d'acajou. Les cordes en boyau de chèvre sont nouées à l'extrémité du manche par des lacets.
La corde du milieu est toujours jouée à vide comme un bourdon. Pour accorder l'instrument, puisqu'on ne dispose pas de chevilles,
il faut tirer sur la corde et déplacer le n½ud des lacets. Le pouce et l'index de la main droite pincent les cordes tandis
que les trois autres doigts frappent la table d'harmonie. Un sistre métallique s'encastre à l'extrémité du manche et est mis
en résonance par les vibrations des cordes.
Les qrâqeb sont des crotales que le percussionniste actionne dans chaque main entre le pouce et le médius.
Elles sont en forme de huit d'environ 30 cm et sont attachées par paire au moyen de liens de cuir.
En les entrechoquant, le percussionniste produit tous les détails du rythme.
Le tbel est un grand tambour à deux têtes maintenu sur le côté gauche du musicien par une bandoulière et joué avec deux baguettes
de forme différente : dans la main droite une baguette incurvée en bois de figuier qui percute le centre de la peau tandis
que la main gauche frappe les bords de la membrane avec une baguette plus flexible en bois d'olivier.
La gamme
La musique gnawa est classée parmi les genres pentatoniques. Elle l'est en effet dans son caractère mais l'une des notes de
cette gamme est sujette à substitution ou à mutation.
Pour conclure la gamme, la note ré est remplacée par le mi-bémol, ce qui rappelle la gamme raçd de la musique andalouse qualifiée
justement de gamme soudanaise, utilisant six notes.
Le rythme
Dans le répertoire de la lila, le rythme joue un rôle prépondérant. Les rythme typiques gnawa superposent et alignent des
formules binaires et ternaires. Le soubassement rythmique des crâqeb est rigoureusement régulier pour chaque phase de la lila
alors que le chant est fluctuant. Autant la ligne mélodique chantée, est coulante, autant la percussion est détachée. Les
différentes interprétations du chanteur selon son état d'âme et sa façon de sentir le rythme, font que les transcriptions
musicales ne peuvent être qu'indicatives et non pas strictes.
Le chant
Le répertoire de la lila comporte un ensemble de chants ponctués par des solos de guembri.
Tandis que les m'louk chantent, le guembri annonce la devise du melk constituée d'une phase courte.
L'adepte reconnaît cette devise et lui répond immédiatement en rentrant en transe.
Contrairement aux autres genres musicaux populaires marocains, la phase musicale gnawa peut être étendue et dépasse parfois
l'octave. L'emploi des arpèges en est aussi un aspect typique.